C'est un petit avion qui va ausculter la montagne. L'expérience qui se déroule cette semaine sur le glacier d'Argentière, dans le massif du Mont-Blanc, marque une étape importante pour la connaissance en glaciologie. Le déplacement du glacier va être mesuré, dans le même temps, par GPS différentiel sur le terrain, et du ciel par un radar imageur embarqué dans un avion qui survolera le site à 5 700 mètres d'altitude. Les chercheurs vont ainsi valider la capacité du radar à synthèse d'ouverture (RSO) à donner, sur l'ensemble du glacier, des mesures aussi précises, au centimètre près, que celles obtenues au sol.
Cette campagne de mesures est inscrite dans le projet Megator (Mesure de l'évolution des glaciers alpins par télédétection optique et radar), financé par le ministère de la recherche avec le soutien du Centre national d'études spatiales (CNES). L'idée de Megator est de se préparer à traiter les données radars qu'enverront les futurs satellites du programme franco-italien Orfeo (Optical and Radar Federated Earth Observation) qui, dans quelques années, accroîtront considérablement les possibilités de surveillance des glaciers. Megator se propose donc, en associant les compétences de quatre laboratoires français, de développer une méthodologie complète non seulement sur la vitesse de déplacement des glaciers mais aussi pour détecter des changements dans la structure de la glace qui peuvent présenter un risque (chute de séracs, poche d'eau ou crevasses).
Le projet a retenu l'attention de l'Agence aérospatiale allemande, qui a accepté de mettre à disposition son système d'acquisition d'images RSO aéroportées, le seul système civil européen capable de mesurer la topographie ou le déplacement du sol par interférométrie radar. A l'issue de la campagne, les chercheurs disposeront d'un jeu de données unique sur les glaciers alpins réunissant à la fois des données RSO aéroportées, des données satellitaires d'archives et des mesures de terrain.
Pendant une semaine, quinze chercheurs vont donc s'installer au sommet du glacier d'Argentière avec leur matériel déposé par hélicoptère, planter toute une série de piquets dans la longueur et la largeur du glacier afin de mesurer les variations de déplacement de la glace, et forer des trous pour analyser les caractéristiques du manteau neigeux. Ils pourront ensuite, en croisant leurs résultats avec les images obtenues du ciel, mettre au point des méthodes de traitement des données.
Dès lors, la surveillance de l'évolution des glaciers alpins par satellite entrera dans une nouvelle ère. Grâce aux archives des satellites et de la photographie aérienne déjà disponibles depuis vingt ans et aux futures images haute résolution des satellites radars d'Orfeo, il sera possible de modéliser plus finement l'évolution des masses glaciaires, ce qui contribuera aux recherches de l'ensemble de la communauté scientifique sur les conséquences du réchauffement climatique.
Nathalie Grynszpan