L'ancêtre de la plupart des ordinateurs "mécaniques" est une invention française : le métier à tisser Jacquard. Joseph Jacquard était le fils d'un tisseur de soie Lyonnais, et hérita de l'entreprise de son père, mais celle-ci allait mal, et fit bientôt banqueroute. Pour gagner sa vie, il commença à restaurer de vieux métiers à tisser. Ses travaux furent interrompus par la Révolution de 1789, mais il put continuer ses recherches dès la fin des troubles. Il avait conscience que tisser était une tâche délicate et compliquée, mais extrêmement répétitive, et il chercha donc une manière d'automatiser ce travail. Cela le conduisit à construire, en 1801, un métier à tisser commandé par une série de cartes perforées. Celles-ci permettaient d'enregistrer une sorte de programme, qui déterminait le motif qui allait être tissé. En fait, les trous dans les cartes permettaient à des tiges de choisir les fils appropriés pour chaque ligne de tissu.
L'invention faillit disparaître dès sa naissance, détruite par les tisseurs traditionnels qui craignaient de perdre leur emploi au profit de cette machine. Mais la machine fut déclarée d'intérêt publique, et les métiers Jacquard furent déployés partout (il y en avait déjà 11 000 en France en 1812) Les machines furent rapidement améliorées, mais leur utilisation des cartes perforées resta longtemps la manière la plus efficace de produire un certain motif.
Et lorsque, dans les années 1830, Charles Babbage cherchait une solution pour commander son Analytical Engine, le premier engin à introduire les concepts modernes de l'informatique, il trouva la réponse dans les métiers à tisser Jacquard, et leurs cartes perforées.